Marseille: même la métropole enquête sur les juteux contrats de l’eau

Les bénéfices engendrés par la SEMM, filiale de Veolia, grâce à la gestion de l’eau marseillaise sont trois fois supérieurs aux prévisions faites au début du contrat en 2014. Un trop gros butin, même aux yeux de la métropole qui, après avoir ignoré les alertes s’est décidée à lancer un audit. Un article de Jean-Marie Leforestier publié le 11 octobre 2016 par Marsactu.

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Pour critiquer les contrats de l’eau marseillais à trois milliards, il y avait les partisans de la régie, écolos ou communistes. Il y avait la chambre régionale des comptes qui avait relevé une kyrielle d’étrangetés et d’entorses dans la rédaction et la conclusion de ces délégations de service public (DSP). Il y a toujours le parquet national financier qui s’interroge sur un éventuel favoritisme dans le choix des entreprises lauréates. Il y a désormais la métropole, elle-même.

On trouve trace de cette critique dans un dossier à l’ordre du jour du conseil de territoire Marseille Provence ce jeudi. Les élus de ce qui est désormais un sous-échelon de la métropole correspondant au périmètre l’ancienne communauté urbaine de Marseille, doivent étudier le rapport annuel du délégataire. Il s’agit en l’occurrence de la Société des eaux de Marseille métropole (SEMM), filiale de Veolia qui exploite le plus gros de ces juteux contrats, celui concernant la distribution de l’eau à Marseille.

Une enquête interne sur les contrats de l’eau

Ce rapport un brin abscons pour le profane est en fait le compte-rendu des travaux effectués et des services rendus par la SEMM. On y trouve notamment les résultats financiers pour l’année écoulée et c’est là que la métropole tique. “Le résultat courant avant impôts” s’élève à 24 millions d’euros. Soit près de trois fois le montant estimé dans le contrat où s’affichent 8,6 millions pour l’année 2015. Et les bénéfices sont à l’avenant : 14,2 millions empochés contre 5,1 prévus.

La différence ainsi affichée, qui confirme les révélations du Ravi en septembre, est tellement importante que la métropole, après avoir ignoré les alarmes, est cette fois obligée de réagir : “Compte tenu de l’ensemble de ces éléments et des écarts constatés entre les comptes prévisionnels et le compte d’exploitation 2015, un audit des comptes est actuellement mené par l’Inspection générale des services.” L’inspection générale des services est le service d’enquête interne de la métropole. Elle devra vérifier que le contrat est bien appliqué dans tous ses termes et comprendre comment le bénéfice peut différer autant des prévisions. La SEMM n’a pas souhaité faire de commentaire sur cette enquête.

À défaut, nous nous contenterons du résumé de la position de l’entreprise donné par la métropole : Le délégataire indique que plusieurs éléments conjoncturels sont à l’origine de cette différence. Il précise que cette situation relève principalement de dépenses prises en charge par la SEM pour lesquelles la part à refacturer à SEMM a été difficilement identifiable et valorisable en 2015. Ce décalage conjoncturel de charge devrait, selon le délégataire s’annuler d’ici la fin du contrat le 30 juin 2029. En clair, la SEMM, la société dédiée au contrat n’arriverait pas à gérer ses relations avec la SEM, la Société des eaux de Marseille, sa maison mère, elle-même précédemment en charge de la gestion de l’eau durant plus d’un demi-siècle. Il s’agit notamment d’une mise à disposition de personnel que l’entreprise avait su évaluer en 2014 à 14,7 millions pour un peu moins de 400 personnes affectées à la SEMM.

L’explication n’a en tout cas pas suffi aux deux anciennes conseillères municipales écologistes, Nicole Hugon et Michèle Poncet-Ramade. Alors qu’elles attendent de voir leur recours visant à annuler les délégations de service public examiné par le tribunal administratif, elles ont ajouté ces nouveaux éléments à leur argumentaire. Leur objectif : faire reconnaître “la désinformation des élus au moment du vote”. Et les deux militantes de conclure : “L’eau à Marseille est facturée 17 % trop cher pour les usagers, et à ce prix là, la SEMM pourrait leur offrir le pastis.” À voir si l’inspection générale des services de la métropole demandera aussi qu’on lui serve un petit jaune.

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