Bordeaux Métropole: Trans’Cub écartée de la future régie de l’eau

« Bordeaux était la deuxième grande ville à avoir l’eau la plus chère de France. Nos élus en sont les premiers responsables. » Depuis 25 ans, l’association se bat contre la cherté du prix de l’eau à Bordeaux. En conflit juridique avec la Métropole, elle ne fera pas partie du futur conseil d’administration de la régie de l’eau. Entretien avec Denis Teisseire, sa figure emblématique. Par Dominique Richard publié dans sudouest.fr le 30 mars.Trans’Cub est-il indésirable dans le conseil d’administration de la future régie de l’eau ?
Trans’Cub se bat depuis 25 ans pour économiser nos ressources en eau, garantir le droit à l’eau à tous et faire cesser les profits exorbitants que réalise Suez en gérant le service public de l’eau. En 2006, suite à nos harcèlements, Bordeaux Métropole avait réduit de 233 millions d’euros ces profits au bénéfice des usagers. Aujourd’hui, Bordeaux Métropole met en place le conseil d’administration de la régie en réservant que deux places pour les associations ce qui est insuffisant mais en écartant aussi Trans’Cub et toute sa compétence. E c’est une majorité de gauche qui le fait.

Vous avez tout de même de quoi être satisfait. La page Chaban-Juppé, synonyme de la privatisation de la gestion de l’eau, est enfin tournée ?
Nous tenions ce discours il y a 25 ans quand les sociétés privées accumulaient d’énormes profits. Sur 100 euros encaissés, elles réalisaient 30 euros de profit. Dans les contrats actuels, cela tourne autour de 3 euros seulement, du fait de l’obligation légale de mise en concurrence. Le prix de l’eau baisse, par exemple à Toulouse, où le service a été concédé au privé. Aujourd’hui, gestion privée ou gestion publique, cela ne change finalement pas grand-chose pour les usagers.


Mais alors, qu’est-ce qui peut faire la différence ?
La qualité de la gestion publique. Si elle n’est pas au rendez-vous, il suffira d’un peu trop de personnel, de travaux payés plus chers, d’une moindre attention aux innovations technologiques et les habitants de Bordeaux Métropole paieront davantage que si le service était resté dans le privé


L’eau est déjà chère dans l’agglomération bordelaise ?
Alain Anziani, le président de Bordeaux Métropole, l’admet. Bordeaux était la deuxième grande ville à avoir l’eau la plus chère de France. Nos élus en sont les premiers responsables. Depuis 30 ans, ils fixent le prix de l’eau ainsi que les investissements à réaliser en contrepartie. Aujourd’hui, les fuites dans les canalisations représentent près de 20 % de l’eau prélevée dans les nappes.
La Métropole n’a jamais réussi à imposer des travaux de renouvellement, préférant garantir des profits exorbitants à Suez. Sur la période 2015-2019, derniers chiffres connus extraits des rapports de Bordeaux Métropole, ces profits représentent plus de 100 millions d’euros, soit 27
% des sommes déboursées par les usagers. C’est considérable.
« On a préféré faire un cadeau de départ de 100 millions d’euros à Suez sur le dos des usagers, et écarter Trans’Cub »

À partir du moment où la gestion de l’eau revient dans la sphère publique, le prix peut donc baisser ?
Alain Anziani explique qu’il faudra choisir entre la baisse du prix et les investissements nécessaires pour réduire les fuites dans les canalisations. S’il faut changer les canalisations, qui ont une durée de vie de 30 à 50 ans, pourquoi ce coût serait supporté uniquement par les
usagers d’aujourd’hui ? L’équité voudrait qu’il soit aussi réparti sur tous les usagers futurs, via la souscription par collectivité d’un emprunt bancaire.

Le Conseil d’État, la plus haute juridiction administrative, vient de vous donner raison en demandant à la cour administrative d’appel de rouvrir le débat sur la prolongation du contrat intervenu en 2015. Vous en espérez quoi ?
Jusqu’au passage en régie, au 1er janvier 2023, l’ancien contrat signé en 1992 pour 30 ans et qui a été prolongé d’un an s’applique. Il assure toujours ces profits exorbitants à Suez . Or, les lois Sapin et Barnier, votées dans les années 1990 et le Conseil d’État ont limité, sauf cas
exceptionnel, la durée des contrats. Celui de Bordeaux aurait du prendre fin le 2 février 2015. Nous attendons donc de la cour administrative d’appel déclare caduc ce contrat toujours en vigueur grâce aux présidents successifs Vincent Feltesse, Alain Juppé, et maintenant Alain Anziani. Si c’était le cas, Suez n’aurait droit, depuis cette date, qu’à une juste rémunération et devrait rembourser aux usagers tous les surprofits qu’elle a faits depuis.

Vous les chiffrez à combien ?
100 millions d’euros au minimum. Soit pour chaque usager, un montant équivalent à la moitié de sa facture annuelle d’eau, 450 à 600 euros, respectivement pour des familles de 3 et de 5 personnes.
La gauche et les écologistes qui dirigent la Métropole considèrent que, jusqu’au passage en régie en 2023, il n’y avait aucune autre solution que de prolonger le contrat actuel avec Suez Eau France. Or, il existait bien sûr de multiples autres solutions. Aucune n’a été étudiée et présentée aux élus. On a préféré faire un cadeau de départ de 100 millions d’euros à Suez Eau France sur le dos des usagers, et écarter Trans’Cub du conseil d’administration de la régie.

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