Grandvilliers: 100 000€ de factures d’eau impayées

De plus en plus d’habitants de Grandvilliers se retrouvent dans l’incapacité de payer leurs factures d’eau, d’après ce reportage publié dans Le Parisien du 8 mai. Nous avons obtenu la fin des coupures d’eau mais les difficultés financières des ménages continuent. L’eau n’est ni un luxe, ni même une marchandise c’est un bien commun, indispensable à la vie. Ce droit doit être garanti pour tou-tes. Par exemple, avec une première tranche gratuite.

« On est dans une impasse », se lamente Jacques Larcher, maire de Grandvilliers, avant d’égrener le montant des factures d’assainissement impayées par sa commune. « 100 000 € depuis 2014. » Impossible de couper l’eau à ceux qui refusent de se mettre à jour depuis que la loi Brottes l’a interdit en 2013. Alors, faute de mieux, ce dernier se résout à convaincre les habitants « au cas par cas » d’ici à la fin du mois.

Soit frapper à 270 portes sur les 1 380 ménages que compte la commune. « On ne va quand même pas augmenter la part communale pour faire payer les autres ? La solidarité a ses limites », s’agace-t-il, entouré par deux représentants de la société en délégation de service public, la Spee, en charge de l’assainissement depuis 2014.

Les relances

L’un des employés répète mécaniquement la procédure. Une facture, plusieurs courriers de relance, allant jusqu’à l’huissier… « Avec un délai d’au moins trois mois entre le dernier rappel et le recours en justice », insiste-t-il. Alors pourquoi tant d’impayés ? Le maire balaie d’un revers de main : « Par précarité mais surtout par négligence. Toutes les communes de France sont concernées, seulement certaines ne le disent pas. » Chèque, prélèvement, échéancier… Les possibilités de paiement sont pourtant multiples, se plaît à souligner la Spee.

« J’avais peur d’être saisie »

Mais dans les rues de la commune, c’est un autre son de cloche qui se fait entendre. Sylvie, 50 ans, fait partie des 270 ménages qui ne parviennent pas à s’acquitter de leurs dettes. À l’évocation de l’huissier, son regard s’assombrit : « Il est venu à trois reprises chez moi ces six derniers mois. J’attendais d’être reconnue handicapée pour bénéficier de ma pension d’invalidité. » Dans l’attente de la régularisation de son dossier, les relances s’empilaient. « Non seulement, je n’étais toujours pas en mesure de payer, mais j’avais peur d’être saisie. »

Un problème bien connu des Restos du Cœur de Grandvilliers, où certains habitants viennent en pleurs avec une pile de factures. « Lorsqu’elles s’accumulent, c’est le serpent de mer. Les frais supplémentaires, notamment pour l’huissier, ne cessent de s’ajouter, explique Anne-Marie Cléry, responsable de l’antenne. Je leur conseille de monter un dossier de surendettement avec une assistante sociale. » Et Sylvie de murmurer : « Ils avaient beau me relancer. C’était soit, je mange soit je paye. »

UNE SITUATION FRÉQUENTE ?

Dans les environs, le problème n’est pas isolé. Yannick Plottu, responsable de l’environnement à la Communauté d’Agglomération du Beauvaisis, relève une légère augmentation des impayés depuis l’entrée en vigueur de la loi Brottes en 2014. « 3 % de la population ne paye pas à Beauvais contre 1,5 % dans les communes rurales », détaille-t-il. Soit un manque à gagner de 145 000 € par an pour 95 000 habitants. Pour y remédier, Beauvais a mis en place un chèque Solidarité Eau en 2012. Les habitants en situation de précarité peuvent en faire la demande. « La moitié de la dette est alors prise en charge par la municipalité, l’autre par l’opérateur. »

Pour Emmanuel Poilane, secrétaire général de la fondation France libertés qui lutte contre les coupures d’eau illégales, la tendance est nationale. « Cela concerne environ 2 % des Français. Mais ce ne sont pas des relances papier qui vont changer la donne, un lien personnel doit être tissé avec ces familles. »

 

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