Carcassonne: «Je propose une étude gratuite plutôt que payante»

Courant novembre, Carcassonne Agglo devra se déterminer sur le mode de gestion de l’eau. Peut-on échapper à la délégation de service public ? Les militants d’une gestion publique y croient encore.

C’est une sonnette d’alarme que tirent les membres du collectif carcassonnais pour une gestion publique de l’eau. Dans quelques mois Carcassonne Agglo devra ou non renouveler les contrats qui la lie aux multinationales de l’eau. La collectivité s’apprête à lancer une étude. Une étude qui, si elle n’est opposée à aucune autre sonnera le glas des espoirs du collectif. Gabriel Amard, écosocialiste, a impulsé la sortie de Viry-Châtillon du syndicat des Eaux d’Île-de-France (SEDIF) et crée la régie publique Eau des Lacs de l’Essonne. Interview.

Pensez-vous qu’il possible de faire bouger les lignes ? D’envisager qu’un vrai débat s’engage entre les partisans d’une régie publique et ceux qui sont favorables à une gestion privée. 

On peut toujours changer les choses. Mais il faut que les élus qui ont à décider des choix de gestion d’un bien commun acceptent l’idée que nous puissions les éclairer. Certains jouent le jeu. Au travers d’Eau Bien Commun France, nous sommes en capacité de fournir des experts, des directeurs de régie, des directeurs financiers, des juristes qui sont en mesure d’accompagner les élus dans leurs choix.

Mais cela reste difficile.

Beaucoup d’élus s’arc-boutent sur des éléments de langage, se retranchent derrière des bureaux d’études pour ne jamais évoquer le fond du dossier. Il existe pourtant des communautés d’agglomération qui ont mordu à l’hameçon et qui ont accepté de rencontrer des gestionnaires publiques. Aujourd’hui à Carcassonne, ce n’est pas le cas ! On ne dispose pas des éléments comptables. On peut, sans esprit de polémique, et de manière très objective, expliquer quels sont les différents outils dont on dispose. En novembre j’avais demandé au collectif carcassonnais qu’il obtienne des élus une audition privée ou publique.

Existe-t-il des communautés d’agglomération qui ont accepté ce deal ?

Il y a peu nous avons travaillé avec le pays de Gex (N.D.L.R. : dans le département de l’Ain). Au départ, les élus ne voulaient pas entendre parler de régie. Ils ont accepté de nous rencontrer. Nous y sommes allés avec le directeur de l’eau de Grenoble. A l’issue, les élus ont voté pour la régie publique alors que l’on pensait qu’ils partiraient tous vers la délégation de service public. Je demande simplement que les élus nous entendent et que chacun fasse un pas l’un vers l’autre. Mesdames et Messieurs les élus vous prendrez la décision que vous voulez mais laissez-nous nous exprimer !

Carcassonne Agglo a décidé de s’adjoindre un bureau d’études avant de faire un choix. Celui-ci n’est pas encore choisi et les élus doivent voter en novembre, n’est-ce pas un peu court ?

Le temps est suffisant. Lorsqu’il y a une pensée politique, il y a un chemin. Mais avant de dépenser 150 000 euros dans une étude privée qui n’y connaît rien en gestion publique, je propose une étude gratuite réalisée par une équipe pluridisciplinaire. Je peux proposer la venue de l’ancienne directrice d’Eaux de Paris. Quand on est à l’étape de choisir un bureau d’études, c’est que l’on a l’intention de faire la délégation de service public (DSP). Si l’on prend un bureau d’études en fin de contrat, c’est que l’on va faire une nouvelle DSP ! Le droit français n’exige pas que l’on réalise une nouvelle étude si l’on fait le choix d’une gestion en régie.

Le choix est donc fait selon vous.

S’ils prennent un bureau d’études, c’est qu’ils vont s’orienter à nouveau derrière la délégation de service public. Ce n’est pas réglo ! Notre étude est gratuite, s’ils n’en veulent pas, ils pourront la jeter au panier mais qu’ils prennent le temps de nous entendre.

Les bureaux d’études n’entendent rien à la comptabilité publique. Nous, nous proposons des statuts, un règlement de régie, des comparatifs de coût et des experts.

Pouvez-vous encore convaincre ?

Tout ce que je peux dire, c’est que notre travail est gratuit et ne coûtera pas un centime aux contribuables. Je n’ai pas grand-chose de plus à dire aux élus locaux. Je ne vais pas me rouler parterre.


Réunion publique jeudi soir

Le collectif du Carcassonnais pour une gestion publique de l’eau organise, jeudi, à partir de 20 h 30, salle Joë-Bousquet, une réunion. Si l’invitation a été relayée auprès de nombreux élus, combien seront-ils ? Les organisateurs le reconnaissent il n’est facile de faire bouger les lignes. Ils en veulent pour preuve que la commission consultative des services publics n’a jamais été réunie à l’occasion de la publication du rapport d’activités annuel de l’Agglo sur la gestion de l’eau. «La transparence est illusoire», estime un militant du collectif. Et de se désoler de cet état de fait. «On ne sent plus le courage politique, les élus vont vers la facilité».

Propos recueillis par Bruno Huet
Publié par La Dépêche, le 17 mai 2016

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