Montpellier Méditerranée Métropole: exclusion de la régie des eaux

Thierry RUF, scientifique et élu de Jacou, conteste la délibération du Conseil de la métropole de Montpellier du 2 Novembre 2017 qui l’exclut sans raison aucune de la gestion de la Régie des Eaux, un acte de lâcheté, et déplore le néo-despotisme imposé par le Président Saurel sur l’intercommunalité, au nom du mouvement « En Marche ». Lire aussi l’article « une vigilance accrue sur la régie de l’eau ».

 L’implication pour la Régie Publique des Eaux

Directeur de recherche dans un institut public de Montpellier, spécialiste des questions sociales de la gestion de l’eau, j’ai participé activement à la création de la Régie Publique des eaux de Montpellier Méditerranée Métropole.

Je l’ai fait comme élu de la commune de Jacou, mandaté en 2010 par l’équipe municipale de Jean-Marcel Castet puis par celle de Renaud Calvat. Jacou et Grabels ont été les villes qui ont porté le souhait de la gestion publique de l’eau après 25 ans de gestion déléguée au Privé. Membre de la commission eau et assainissement de l’agglomération, j’ai été en mesure de dénoncer les dérives techniques et financières de la gestion privée, en particulier pour décrypter les éléments de l’audit et le tour de passe-passe qui en 2013 avait positionné la gestion privée supérieure à la gestion publique.

Je l’ai fait comme militant de l’écologie politique, en faisant campagne pour la liste alternative de M. Saurel qui s’était engagé à réaliser la régie publique en 2014.

Je l’ai fait comme citoyen de la métropole, en appui aux associations réunies en collectif pour mettre fin à la gestion privée de l’eau. Rappelons que plus de 10000 personnes ont signé en 2013-2014 la pétition du collectif pour la gestion publique de l’eau.

Je l’ai fait en tant que scientifique désigné par le Conseil d’agglomération comme personnalité qualifiée venant du monde de la recherche et de l’université.

J’ai ensuite été élu vice président du Conseil à l’unanimité pour seconder le Président René Revol. Il va de soi que nous avons été nommés pour le temps de la mandature municipale, pour appliquer les engagements du Conseil d’agglomération (aujourd’hui conseil de la métropole). La Régie dispose de l’autonomie financière et de la personnalité morale. C’est le Conseil d’Administration qui décide de sa bonne marche en respectant le contrat d’objectifs avec la métropole.

Pendant plus de deux ans, la marche du Conseil d’Administration a été exemplaire, permettant la création de la Régie en des temps record. L’entreprise Régie des Eaux est opérationnelle et on doit au personnel qualifié dirigé par M. Gregory Vallée le succès de
cette implantation et de son développement. Le Conseil d’administration a toujours débattu avec sérieux des points d’accord et de désaccord de ses 20 membres, comme peuvent l’attester les procès verbaux de ces séances. M. Saurel s’est félicité maintes fois de la réussite de la Régie, allant jusqu’à s’attribuer les mérites dans une campagne de communication de la métropole.

L’exclusion brutale dans une vague d’éviction politique inouïe

En juin et juillet 2017, M. Saurel a épousé sans consentement le mouvement « En Marche ». Alors qu’il se défend d’adhérer personnellement à ce parti, il a imposé aux élus de sa majorité municipale à Montpellier de le rejoindre. Il a demandé aux maires des autres communes de faire la même démarche, opération singulière à tous points de vue, puisque le propre mouvement « En Marche » n’a jamais soutenu que des assemblées élues avant sa création se métamorphosent sans que les citoyens aient pu intervenir par un vote.

Cela a conduit à une séance insupportable du conseil de métropole pour disqualifier les élus de tous bords, à droite comme à gauche, qui ne suivraient pas la ligne de conduite unique tracée par M. Saurel. En conséquence, parmi les exclus de l’épuration politique, René Revol, maire de Grabels, s’est vu écarté de sa responsabilité sur l’eau dans
l’exécutif, puis dans une logique de poursuite implacable, la ville de Grabels a perdu toutes les représentations dans les instances intercommunales de gestion de l’eau (syndicats de bassins travaillant sur la lutte contre l’inondation et la gestion durable des
eaux) et finalement, ont été écartés du Conseil d’Administration de la Régie des eaux non seulement M. Revol mais aussi d’autres élus « indépendants » d’En Marche.

Lors du dernier Conseil d’administration tenu à titre exceptionnel le 19 octobre 2017 pour désigner un nouveau président, M. Saurel est venu présenté les nouveaux membres désignés. En tant que vice-président, je suis intervenu pour souligner le travail réalisé par le Conseil jusqu’à présent, j’ai rappelé que le mandat des non élus au conseil se conçoit sur la mandature : nous sommes tous bénévoles et nous avons investi beaucoup de notre temps pour accompagner la gestion de la régie. J’ai aussi souligné que les nouveaux membres devaient souscrire au projet d’extension des compétences de la
régie, et souhaité qu’une règle de représentation de toutes les communes directement desservies par la Régie (13 actuellement) soit établie à l’avenir. C’est d’ailleurs la règle qui prévaut dans les deux grands syndicats d’eau de la périphérie de la métropole, Garrigues Campagne au Nord-Est de Montpellier et Bas Languedoc au Sud Ouest. M. Saurel n’a démenti aucun de ces points, et n’a donné aucune réponse sur les questions de fond. Il a simplement répondu à M. Claude Neuschwander, qui déplorait le coup de force de la recomposition du CA et de l’éviction de M. Revol. M. Neuschwander a préféré démissionner du CA plutôt que de cautionner l’injustifiable. Rappelons que M. Neuschwander était aussi un soutien important de M. Saurel dans la campagne des municipales de 2014.

Le 2 Novembre, dans le point 28 du Conseil de métropole, M. Saurel a présenté une nouvelle liste des 13 élus métropolitains qui siègent au CA de la Régie. En effet, figurait dans la délibération antérieure du 27 septembre le maire de Pérols dont les liens avec la Compagnie Suez Lyonnaise des Eaux étaient incompatibles avec une participation dans un conseil d’administration d’une régie publique. Or, au bas de la nouvelle délibération du 2 novembre, figurait aussi le nom d’un expert, M. Alain Guilbot, sans que cette proposition soit explicite et expliquée aux élus, c’est à dire destinée à se débarrasser du Vice président du CA de la Régie. Les élus ont constaté que des communes n’étaient plus représentées mais n’ont pas décelé le processus d’éviction du représentant de la recherche et de l’université.

La mise à l’écart du Vice président, un acte de lâcheté

Ce n’est que le 10 novembre 2017 que j’ai reçu un coup de téléphone de la directrice de l’eau de la métropole m’annonçant mon éviction, et une confirmation par courrier daté du 8 novembre du Directeur Général des Services de la Métropole, M. Fina. Après plusieurs années de travail sur un projet d’envergure comme la création d’une
régie publique de l’eau, recevoir un courrier bureaucratique m’invitant à prendre acte d’une nouvelle désignation d’une personnalité qualifiée est sidérant.

Sur la forme, M. Saurel n’a même pas le courage de ses actes. Le mépris des personnes et des engagements est total. Sur le fond, il n’y a aucune justification énoncée. Aucun argument. Aux élus métropolitains il y avait cette exigence de rejoindre « En Marche »
mais cette exigence ne peut en aucun cas s’appliquer aux associatifs et à la recherche présente dans le Conseil. Quelle faute aurait été commise ? Comment un Conseil d’Administration d’une Régie dotée de l’autonomie financière et de la personnalité morale peut être autant retoqué sans qu’à l’origine il n’y est une quelconque crise de gouvernance ou un défaut de l’entreprise. Si quelque chose était
défaillant, il ne faudrait pas s’en prendre à quelques membres mais à tous les membres qui ont géré solidairement la Régie depuis deux ans en votant toutes les décisions techniques, financières, stratégiques. L’action engagée par M. Saurel contre tous ceux qui ne le suivent pas est très préoccupante, pour ne pas dire très dangereuse pour la démocratie. C’est sans doute la première fois qu’un despotisme s’installe en se targuant d’être du Centre.

N’y a t’il pas derrière ces manipulations un projet de remise en cause même de la Régie ? Plusieurs éléments vont dans ce sens. L’éviction intervient alors que le Conseil d’Administration a voté le 25 septembre 2017 l’extension des services à l’ensemble des opérations, en particulier la gestion des factures et le centre d’appels (sous-traités auparavant par la Régie de manière transitoire pour deux ans). L’objectif de reprise de la gestion publique de l’assainissement était en perspective pour 2020. M. Saurel a commandé une audit de la Régie alors que celle-ci est déjà sous contrat d’objectifs avec la métropole et qu’elle a mis en place une série d’indicateurs bien plus élaborée que celle qui existe lorsque l’eau est gérée par une entreprise privée. On peut aussi rappeler
qu’aucune Audit de la gestion privée pendant 25 ans n’a été traitée alors que bien des choses restent confuses, notamment la rente énorme perçue au titre du droit d’entrée en 1989 et remboursée sous la ligne « investissements contractuels », l’énormité de la taxe
d’occupation du domaine public, la surfacturation de services entre filiales.

La nomination de M. Alain Guilbot pose aussi question. Retraité depuis plus de dix ans, M. Guilbot était au début des années 2000 le président de l’association Verseau dont l’une des actions marquantes a été la création du Cluster sur l’eau de Montpellier, qui a débouché ensuite sur le pôle de compétitivité qui lient des établissements publics de recherche et de formations aux entreprises privées de la région Languedoc Roussillon, pôle dirigé depuis sa création par le Directeur Régional de Véolia. Là aussi, on peut se demander s’il n’y a pas conflit d’intérêt…

A titre personnel, en tant que scientifique, j’estime l’éviction subie comme un préjudice moral, faute d’aucune justification de fond et du fait de modalités qui ne respectent ni la fonction ni le travail produit ni une procédure normale d’information sur les intentions et les raisons de cette décision. Je vais donc demander l’annulation de toute cette procédure.

En tant qu’élu, je continuerai à servir ma commune, Jacou, tant que l’équipe municipale et le maire, Renaud Calvat, me le demanderont.

En tant que citoyen, je pense que M. Saurel a outrepassé toutes les limites du vivre ensemble dans des intercommunalités. Il a semé la zizanie et son comportement général est indigne et méprisant. Je considère qu’il ferait mieux de reprendre son métier que de rester à la tête d’un exécutif dont la vocation est la coopération et la convivialité et non la haine et le mépris des autres.

Thierry Ruf, le 20 novembre

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